
Choisir la musique pour les funérailles de son père est l’un des actes les plus intimes que la mort impose. Ni trop attendu, ni trop personnel. Ce que les gens entendent ce jour-là, ils s’en souviennent longtemps. Plus longtemps que les fleurs, parfois plus longtemps que les discours.
Quels critères guident vraiment le choix de la musique pour les obsèques d’un père ?
Avant de choisir un titre, il y a des contraintes pratiques à connaître. L’improvisation coûte cher dans ces moments-là.
Critères pratiques à vérifier avant de choisir la musique :
- Durée du morceau : entre 3 et 5 minutes idéalement pour ne pas avoir à couper la musique en plein milieu lors de l’entrée ou de la sortie du cercueil
- Type de lieu : dans une église, l’accord du prêtre ou du diacre est obligatoire pour certains morceaux laïques ; en salle municipale ou au crématorium, tous les styles sont acceptés
- Système sonore : le crématorium fonctionne obligatoirement avec une sono, pas de musicien live en général ; l’église peut accueillir un organiste, un pianiste ou un quatuor à cordes
- Droits SACEM : les pompes funèbres gèrent généralement les droits pour les cérémonies, mais il vaut mieux le vérifier à l’avance avec votre prestataire funéraire
Quelles musiques classiques sont les plus jouées lors des obsèques en France ?
Le Lacrimosa de Wolfgang Amadeus Mozart (Requiem K. 626, 1791)
Le Lacrimosa est le mouvement le plus connu du Requiem en ré mineur K. 626 de Mozart, commencé en 1791 et inachevé à sa mort. Il a été complété par son élève Franz Xaver Süssmayr. La durée du Lacrimosa seul est d’environ 3 minutes 30 secondes.
Son introduction orchestrale et chorale est immédiatement reconnaissable et convient parfaitement à un moment de recueillement ou à la sortie du cercueil. L’enregistrement de référence reste celui de Karl Böhm avec le Berliner Philharmoniker (Deutsche Grammophon, 1973).
L’Ave Maria : deux versions distinctes, Franz Schubert (1825) et Charles Gounod (1853)
Il existe deux Ave Maria célèbres, souvent confondus. Celui de Franz Schubert (1825), d’une durée d’environ 4 minutes, est une mélodie pour voix et piano tirée du poème « Ellen’s Third Song » de Walter Scott.
Celui de Charles Gounod (1853) est une mélodie composée sur le Prélude en do majeur BWV 846 de Johann Sébastien Bach. Les deux conviennent à une cérémonie religieuse catholique. Dans un contexte laïque, l’Ave Maria de Schubert en version instrumentale (violoncelle ou violon) est très demandée.
L’Adagio en sol mineur attribué à Tomaso Albinoni
Ce morceau, universellement associé aux cérémonies funèbres, n’a pas été composé par Tomaso Albinoni (1671-1751). Il a été entièrement composé par le musicologue italien Remo Giazotto en 1958, qui prétendait avoir retrouvé un fragment manuscrit d’Albinoni.
Cette attribution est aujourd’hui considérée comme douteuse par la musicologie contemporaine. Ce n’est pas une raison de l’éviter : le morceau reste profondément émouvant, sa durée est d’environ 10 minutes (on peut en jouer seulement les premières minutes).
Peut-on choisir une chanson populaire française pour les funérailles de son père ?
Oui. Et dans beaucoup de familles françaises, c’est même le choix le plus juste. Une chanson que votre père aimait, qu’il chantonnait en cuisine ou qu’il mettait le dimanche matin, dira bien plus sur lui qu’une pièce classique choisie par convention.
Les pompes funèbres françaises sont habituées à ces demandes et disposent des morceaux en version haute qualité.
Quelles chansons françaises sont les plus demandées lors d’obsèques laïques en 2024-2025 ?
« Mon vieux » de Daniel Guichard (1974, album Maman, label Barclay) reste la chanson spécifiquement dédiée à la figure du père la plus demandée lors des obsèques en France. Les premières paroles : « Mon vieux, on s’est pas souvent parlé / Entre hommes, on sait jamais trop comment faire » touchent directement à la vérité souvent non-dite des relations père-fils.
« Quelque chose de Tennessee » de Johnny Hallyday (1985, album Rock’n’Roll Attitude, label Philips) a vu ses demandes exploser après la mort de Johnny le 5 décembre 2017. Le refrain : « Quelque chose de Tennessee / Qui me faisait penser à tout / Oublier le reste » est devenu une sorte d’hymne de deuil pour toute une génération.
Chansons françaises fréquemment choisies pour un enterrement :
- « Mon vieux » : Daniel Guichard (1974), spécifiquement écrite pour la figure du père
- « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai » : Francis Cabrel (album Sarbacane, 1989), universelle et douce
- « Ne me quitte pas » : Jacques Brel (1959, album La Valse à mille temps), pour un père mélancolique
- « La Mer » : Charles Trenet (1946), pour un père amoureux de la nature ou de l’espace
- « Quelque chose de Tennessee » : Johnny Hallyday (1985), très demandée depuis 2017
- « La Vie en rose » : Édith Piaf (1946), pour un père des générations d’avant-guerre
Existe-t-il une différence musicale importante entre une cérémonie religieuse et une cérémonie civile ?
Dans une cérémonie catholique, le prêtre ou l’officiant peut refuser certains morceaux jugés incompatibles avec le cadre liturgique. Les morceaux à texte sont soumis à validation. Les morceaux instrumentaux classiques passent généralement sans problème.
Dans une cérémonie civile (mairie, salle communale) ou au crématorium, aucune contrainte de ce type : tous les genres sont acceptés, du jazz au rock en passant par la variété française.
Comment retrouver la musique que son père aimait vraiment pour personnaliser la cérémonie ?

Retrouver ses playlists Spotify, Deezer ou ses CD personnels
Si votre père avait un compte Spotify ou Deezer, ses playlists sont une mine d’or. Sinon, ses CD ou ses vinyles donnent une image précise de ses goûts musicaux, bien plus fiable que vos propres souvenirs.
Interroger les proches, les frères et sœurs, les amis de longue date
Les frères et soeurs du défunt, ses amis de jeunesse, ses collègues de longue date peuvent nommer des morceaux qu’il fredonnait ou qu’il mettait lors de moments particuliers. Ce type de témoignage vaut plus que n’importe quelle playlist générique.
Faut-il faire appel à un musicien live ou utiliser une sono ?
Un musicien live (pianiste, violoniste, quatuor à cordes) apporte une présence et une émotion que la sono ne peut pas reproduire. Mais c’est plus coûteux (entre 300 et 800 euros selon le musicien et la région) et nécessite une organisation en avance. La sono permet de jouer exactement la version que vous avez choisie, sans risque d’erreur, avec une qualité audio constante. Les deux options sont légitimes et dépendent uniquement de ce qui convient le mieux à votre famille et à votre budget.
Quels morceaux instrumentaux conviennent pour l’entrée et la sortie du cercueil ?
Les morceaux instrumentaux pour les moments d’entrée et de sortie du cercueil :
- « Clair de lune » : Claude Debussy (Suite bergamasque, publiée en 1905), durée environ 5 minutes, très doux et recueilli
- « Canon en ré majeur » : Johann Pachelbel (vers 1680), durée environ 5 minutes selon le tempo, solennel et apaisant
- « Gymnopédie n°1 » : Erik Satie (1888), durée environ 3 minutes, minimaliste, très utilisé en crématorium
- « Air sur la corde de sol » : Johann Sébastien Bach (Suite orchestrale n°3, BWV 1068, vers 1731), durée environ 5 minutes
- « Nimrod » extrait des Variations Enigma : Edward Elgar (1899), durée environ 3 minutes, souvent choisi pour les anciens combattants et militaires
| Moment de la cérémonie | Église | Cérémonie civile | Crématorium |
| Entrée du cercueil | Ave Maria (Schubert, 1825) | Gymnopédie n°1, Satie | Canon en ré, Pachelbel |
| Recueillement / lecture | Lacrimosa, Mozart | « Je t’aimais… », Cabrel | Air sur corde de sol, Bach |
| Moment d’hommage | Adagio, Giazotto/Albinoni | « Mon vieux », Guichard | « Ne me quitte pas », Brel |
| Sortie du cercueil | Nimrod, Elgar | « Quelque chose de Tennessee » | Clair de lune, Debussy |
| Option musicien live | Organiste ou quatuor | Pianiste ou guitariste | Sono uniquement (standard) |
Voici, à côté, les poèmes pour papa qui font pleurer.
